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Hervé de Carmoy




La crise financière est-elle un serpent de mer ?

Paris, 24 novembre 2008

Dans un premier temps la crise financière d’Août 2007 a pris l’allure d’une épidémie. Le virus « sub-prime » est apparu aux USA. Il a contaminé banques et assurances. Les pertes se sont élevées à des milliers de milliards de dollars. Puis le virus a voyagé. Il a franchi les océans et se propage notamment en Europe. L’état d’urgence est alors décrété. Chacun réagit selon son tempérament et avec efficacité : l’Angleterre nationalise. La Banque Centrale Européenne assure des liquidités aux banques sans limite avec des tirages jusqu’à 6 mois. Les Etats-Unis font voter une aide de 700Md de dollars. La coordination à l’échelle mondiale est hors pair.

Réjouissons-nous : le traitement d’urgence a évité que le malade ne meure. La crise de liquidité a été jugulée. Mais le malade n’est pas guéri. La preuve en est administrée par l’évolution des capitalisations boursières des grandes banques. Elles se sont effondrées et notamment celle de Citi Group qui est passée en un an de 280Md de dollars à 20Md. Pourquoi ? Le symptôme est à notre époque révélateur et la cause de la baisse est répertoriée : le virus des actifs toxiques reste toujours aussi actif. Les « sub-prime « n’ont pas seulement infecté les encours de crédit des banques et des compagnies d’assurances. Ils ont aussi contaminé les produits dérivés, utilisés par tous les acteurs économiques et dont le volume représente 20 fois le PNB mondial. Qui plus est, ces produits sont d’une rare complexité et environ la moitié a été négociée de gré à gré. Il s’ensuit qu’aucun organisme ne peut quantifier à ce jour, établissement financier par établissement financier, l’ampleur des pertes potentielles.

Une chose par contre est certaine : les grandes banques, notamment américaines, devront encore effectuer des provisions pour des montants très importants et ce avant la publication de leurs comptes de fin d’année. Tel n’aurait sans doute pas été le cas si les autorités américaines avaient conservé leur schéma initial, voté par les deux chambres à Washington, qui consistait à racheter des créances bancaires toxiques à hauteur de 700Mds de dollars. Mais elles ont brutalement changé de cap et privilégié une injection directe de fonds propres dans les établissements bancaires plutôt que la création d’une gigantesque société de « défaisance ».

Ce revirement est susceptible de créer un trouble à double titre. D’abord les marchés prisent la cohérence dans une démarche de résolution de crise. La politique de la Banque Centrale Européenne est exemplaire à cet égard. Elle a choisi la voie d’alimenter tout le système bancaire européen, en liquidités, sans limite de montants et pour des périodes longues. Elle a annoncé ce qu’elle allait faire et elle s’y est tenue. Les marchés se sont apaisés et lui font confiance.

Mais il y a plus grave. Il est prévisible que les grandes banques américaines et notamment Citi Group seront contraintes à provisionner d’ici peu, des pertes considérables liées aux produits toxiques toujours présents dans les produits dérivés et aux défaillances dans les secteurs des crédits à la consommation et des crédits aux entreprises et aux collectivités locales. En tout état de cause, ces pertes représenteront un multiple des augmentations de capital réalisées récemment. La question centrale devient alors celle-ci : comment les banques américaines, à moins de faire appel au Trésor, vont-elles être en mesure de lever les capitaux nécessaires pour compenser ces pertes et honorer des nouveaux ratios de solvabilité plus exigeants, à un moment où la valeur de leur titre s’est fortement amoindrie ?

Cette convergence de difficultés au sein des plus grands établissements bancaires américains aurait de quoi inquiéter les marchés et pourrait entraîner un regain de tension au parmi tous les acteurs de la finance mondiale.

 

Hervé de Carmoy



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